La vie à deux a été modifiée suite à la remise en question des institutions traditionnelles du mariage et de la famille. Presque 80 % des couples « engagés » vivront une rupture. Les changements socio-économiques (rôles féminin et masculin, travail et indépendance financière, contraception, etc.) ont eu un impact important sur la relation de couple. Mais comment sortir de l’amour romantique, où fusion et dépendance mutuelle sont glorifiées, pour accéder à une vie amoureuse où chacun des partenaires est autonome et responsable de son évolution ?

Certains couples viennent en thérapie de couple pour faire évoluer leur relation, d’autres consultent à l’occasion de ce qu’ils considèrent comme une difficulté passagère à résoudre, d’autres encore veulent résoudre une crise, raviver un désir en panne ou entamer un processus de séparation. Quelle que soit la raison, avouée ou non, pour laquelle les partenaires recourent à la thérapie de couple, ils auront l’occasion d’accomplir un cheminement personnel important.

Le premier élément à explorer est celui de la frontière. Jusqu’à quel point peut-on être près l’un de l’autre sans renoncer à soi-même ? Jusqu’à quel point le couple doit-il se délimiter face à l’extérieur ? Il me semble que chaque couple doit trouver sa position et respecter son unicité.

Le second élément est le phénomène de la collusion. Ce terme évoque la complicité, la connivence, ce qui se joue entre les partenaires. La collusion relève d’une problématique commune, elle est à la base de l’organisation psychique du couple et de l’attrait mutuel. On retrouve le phénomène de la collusion chez tous les couples qui se sont choisis.

 

 

1. La thérapie de couple : pour qui ?

 

Si la thérapie de couple est généralement adressée aux couples en crise, elle peut également aider les couples ayant de légers problèmes de communication ou souffrant de disputes à répétition. Il n’est donc pas nécessaire d’attendre d’être au bord de la rupture pour consulter à deux un psychologue spécialisé dans la thérapie de couple.

Malheureusement, c’est souvent dans les situations difficiles que la plupart des couples décident de prendre contact avec un psychothérapeute. Les couples viennent le plus souvent car ils sont au bord de la séparation. Souvent, ils ont le sentiment de toujours s’aimer l’un l’autre mais ne trouvent pas de solution pour aller mieux. Le fait de songer à la rupture est souvent l’élément déclencheur pour consulter, la thérapie de couple devient alors le dernier espoir de leur vie à deux.

Cependant, il n’y a pas de problème type menant à la thérapie de couple. Les difficultés de couple peuvent aller de la peur de l’engagement à la violence. Le problème peut prendre plusieurs formes telles que le refus de se marier, des crises d’insultes ou encore des claquements de porte quotidiens. Ce désarroi peut être aussi fort que l’amour qu’il y a dans le couple.

Mais pour que puisse réussir la thérapie de couple, il faut que les deux partenaires s’impliquent. Si l’un des partenaires ne s’investit pas complètement, s’il laisse sa/son compagne/compagnon faire tous les efforts nécessaires au bien-être du couple, la thérapie de couple ne servira à rien.

 

 

2. Qu’est-ce qu’une séance de thérapie de couple ?

 

Dans la thérapie de couple, on ne peut dire qu’il existe un modèle défini. Chaque psychologue spécialisé dispose de méthodes qui lui sont propres. En ce qui concerne mon propre travail, je respecte différentes règles  :

  • Être dans la reconnaissance des difficultés évoquées. Les entretiens visent à comprendre et à élucider, pas à juger !
  • Ne prendre que le parti du couple dans sa globalité et ne pas m’allier à l’un des deux conjoints contre l’autre.

S’enquérir de l’histoire des difficultés (c’est-à-dire questionner l’un et l’autre sur l’impression qu’ils ont de l’origine des difficultés), examiner ce que le couple a mis en place pour s’en sortir seul, voir s’il y a un « parasitage » dans la vie du couple (excès de travail, place de la famille ou de la belle-famille, un « ex-compagnon » ou une « ex-compagne » qui refait surface, … la liste est grande), s’inquiéter des répercussions de tout cela au sein de la cellule familiale, autant d’impératifs nécessaires auquel le psychologue et le thérapeute de couple doit veiller avant les interventions plus thérapeutiques.

Les difficultés d’une relation peuvent être liées soit à un problème du couple, soit à un problème qui touche l’un des partenaires et impacte sur le couple. Le psychothérapeute doit alors percevoir cela et orienter justement chacun des partenaires. Parfois il s’agira d’une thérapie individuelle afin que le couple ne subisse plus les conséquences des problèmes personnels d’un des partenaires. Parfois il s’agira d’une thérapie à deux qui travaillera sur la communication à l’intérieur du couple qui ne fonctionne plus de façon bénéfique.

Thérapie à deux ou individuelle, nombre de séances, méthodes utilisées… c’est généralement la première séance qui définit la suite de la thérapie. Ce premier rendez-vous permet à chacun des partenaires d’exposer son point de vue. Ils peuvent s’exprimer en toute liberté, car le thérapeute est présent pour modérer la situation, en explicitant notamment des phrases ou des propos qui peuvent choquer ou blesser l’une des personnes. On parle de phase libératrice.

 

 

3. Combien de séances sont nécessaires ?

 

Certains couples n’osent pas se lancer dans une thérapie de couple, par peur que celle-ci n’en finisse jamais. Ils craignent alors de perdre leur temps, ou encore leur argent dans un projet qui ne pourra rien faire pour eux dans l’immédiat. Une bonne thérapie de couple ne peut pas s’éterniser : une thérapie conjugale ne peut pas durer des années, car elle se focalise sur une problématique ponctuelle, à un moment de changement ou d’évolution du couple. Il est possible de faire une thérapie de couple plusieurs fois dans sa vie mais ce sera à chaque fois dans le cadre d’une dynamique de couple différente.

Il arrive que parfois, en quelques séances, une thérapie de couple se termine (et positivement). Cela est même plus fréquent qu’on ne le pense.

 

 

4. La thérapie de couple, est-elle un remède contre la rupture ?

 

On envisage souvent la thérapie de couple comme un remède contre la rupture. Pourtant, certains couples décident de se séparer suite à une thérapie de couple. Celle-ci n’a pas pour but d’éviter la séparation, mais de trouver la solution la plus adaptée au couple qui la suit. Au fur et à mesure des séances de thérapie de couple, l’un des partenaires peut par exemple se rendre compte que si plus rien ne va au quotidien, c’est parce qu’il ne veut plus de cette vie-là. Il peut effectivement arriver que la demande implicite de l’un des deux partenaires soit une séparation. Cette demande sera souvent symbolisée par le refus de l’engagement ou par l’adultère. Il peut arriver aussi que l’un des partenaires ait envie d’une autre vie, d’un autre parcours et cela amènera le couple en thérapie de couple. Dans ce second cas, il ne s’agira pas de « désamour » mais de quelque chose de personnel à l’un des conjoints qui fait que le couple ne parvient plus à fonctionner ou à avancer ensemble.

Séparation ou non, le but de la thérapie de couple est avant tout qu’aucun des partenaires ne soit lésé ou frustré au sein de la relation. Et même si la thérapie de couple aboutit sur une rupture, elle peut permettre au couple de se séparer de manière sereine, en évitant toute rancœur ou haine entre les deux partenaires.

Savoir que l’une des issues de la thérapie de couple est la rupture peut effrayer nombre d’hommes et de femmes à se lancer. Néanmoins, ne pas consulter par peur de la séparation n’empêchera pas d’aboutir à une rupture. La thérapie de couple est un moyen de déterminer le problème et trouver une solution adaptée, quelle qu’elle soit.

 

 

5. Test de satisfaction conjugale

 

Je vous invite à évaluer votre degré de satisfaction à propos des vingt-cinq items présentés ci-dessous à l’aide de l’échelle suivante :

  1. : Très insatisfait
  2. : Peu satisfait
  3. : Satisfait
  4. : Assez satisfait
  5. : Très satisfait
1Notre confiance et respects réciproques12345
2Le respect de mon territoire et de mes habitudes12345
3Sentiment d’admiration pour mon partenaire12345
4Sentiment que mon partenaire m’admire12345
5Sentiment de complicité avec mon partenaire12345
6Notre entente sur nos projets à court, moyen et long terme12345
7La communication verbale émotive12345
8La fréquence de nos rapports sexuels12345
9La qualité de nos rapports sexuels12345
10Nos moments de tendresse, hors sexualité12345
11L’éducation de nos enfants12345
12Notre entente financière12345
13Le partage des tâches ménagères12345
14Mes liens avec ma belle-famille12345
15Les activités de loisirs12345
16La vie au jour le jour12345
17La prise de décision12345
18La résolution de nos conflits12345
19La quantité de temps passé ensemble12345
20La qualité de temps passé ensemble12345
21Le support obtenu lors des moments difficiles12345
22Les relations avec nos couples amis12345
23Nos périodes de vacances en couples ou seul12345
24Notre engagement réciproque et notre partage du pouvoir12345
25Mon sentiment de liberté dans mon couple12345

 

Je vous invite à présent à faire le total de chaque colonne _____, puis soustrayez 25 points du total général = _____ %. Le chiffre obtenu vous donne votre taux de satisfaction conjugale en pourcentage.

Plus celui-ci est élevé et plus vous vivez en couple depuis longtemps, plus vous êtes amoureux et heureux.

Interprétation sommaire des résultats :

  • 76 à 100 % : Couple très heureux, surtout si près de 100 %.
  • 51 à 75 % : Couple heureux avec des hauts et des bas.
  • 25 à 50 % : Couple malheureux et risque de l’être de plus en plus.
  • 0 à 25 % : Couple très malheureux près du divorce ou de la résignation.

 

 

6. Les 7 erreurs d’un couple

 

Aujourd’hui, un psychologue conjugal peut toujours se demander qu’est ce qui fait qu’un couple ne fonctionne plus. Le thérapeute de couple peut dégager sept situations. Cette étude des situations permet alors au psychologue conjugal ou au psychothérapeute de trouver des solutions aux problèmes de couple des personnes.

 

6.1. La fusion

Ainsi qu’on l’observe souvent en thérapie de couple, et paradoxalement, les couples les plus fragiles sont ceux qui, au début de leur relation, vivent une symbiose absolue. Ainsi qu’ils le relatent souvent en thérapie de couple, ces couples, engagés très vite, très fort, branchés sur les besoins de l’autre, jouent tous les rôles : amant, ami,… A l’abri des vicissitudes de l’existence, ces couples se nourrissent exclusivement l’un de l’autre. Ils vivent le couple comme une île déserte qu’ils seraient les seuls à habiter, jusqu’au jour où un élément extérieur vient perturber ce tête-à-tête exclusif. Ce peut être une naissance (comment composer à trois lorsque l’on n’a jamais vécu que l’un pour l’autre ?) ou un projet enthousiasmant qui se présente dans la vie de l’un des deux. Mais, plus fréquemment, c’est une sensation de lassitude et d’étouffement qui s’empare de l’un des partenaires, qui prend conscience que la sécurité à peu à peu fait place à l’asphyxie. Le monde extérieur, si longtemps tenu à distance, est tout à coup paré de tous les attraits. C’est le début de la crise. Frustration insupportable d’un côté, sentiment d’abandon et de trahison de l’autre. La plupart du temps, ces couples se séparent en se déchirant. Ils viennent alors en thérapie de couple avec beaucoup de tristesse, dans un climat de désolation.

 

6.2. Le refus de la différence

Comme le dira aisément un thérapeute de couple, un conjoint n’est pas un double. Ceci est une affirmation limpide en théorie, mais elle est plus compliquée dans la pratique. Comme cela est souvent relater en thérapie de couple, les gros conflits sont nourris au quotidien par de petits refus (« se disputer pour des queues de cerise ») : on n’accepte pas que celui dont on partage l’intimité n’ait pas les mêmes réactions que nous ou qu’il nous surprenne (et déçoive) par la façon dont il vit et exprime ses émotions. On projette sur l’autre des envies, des attentes, des erreurs de comportement qui, en réalité, sont les nôtres. Or un couple est composé de deux personnes différentes – qui plus est, dans la plupart des cas, de sexe opposé. Le thérapeute de couple sait combien hommes et femmes « fonctionnent » de manière asymétrique, notamment en matière de communication et de sexualité. Les femmes expriment plus facilement leurs émotions et ont un désir sexuel plus fluctuant que les hommes. « Il ne me parle pas assez », « Elle ne voit jamais les efforts que je fais », « Nous n’arrivons pas à avoir d’orgasme en même temps », « Quand je veux, c’est elle qui ne veut pas »… sont les plaintes le plus souvent entendues en thérapie de couple. Toutes témoignent de ce déni de la différence qui finit par faire du couple un champ de bataille ou un tribunal.

 

6.3. Le manque de communication

Ainsi que le relatent les psychologues en thérapie de couple, les jeunes couples, convaincus que les mots sont inutiles pour se comprendre quand on est faits l’un pour l’autre, ont tendance à négliger la communication dans leur relation. Au nom du mythe de l’amour parfait, « instinctif », ils oublient que la communication est indispensable pour apprendre à se connaître. Comment, sans les mots, découvrir les envies, les besoins de l’autre, élaborer des projets ? Sans échange, difficile d’éviter de fantasmer la relation, difficile aussi de ne pas s’exposer à la déception amoureuse en se rendant compte un jour que son compagnon « n’est pas du tout celui que l’on croyait ».
Dans les couples au long cours, l’absence de dialogue nourrit quiproquos et frustrations : « A quoi bon lui dire ce que je veux ? Je sais ce qu’il va me répondre. » Persuadés de se connaître parfaitement, les partenaires estiment que parler ne modifiera rien. Le psychologue ou le thérapeute de couple peut alors observer que chacun colle une étiquette sur l’autre et vit « à côté de » au lieu de vivre « avec ». C’est oublier que la richesse et la force du couple viennent de ce que l’on ne finit jamais de découvrir l’autre et d’apprendre à se connaître à travers lui.

 

6.4. Le couple thérapeute

Bien connu par les psychologues, les couples thérapeutes sont, en général, des couples très solides au départ. Leur contrat, inconscient la plupart du temps, repose sur des attentes complémentaires : guérir pour l’un (problèmes de dépression, d’alcool, d’échec professionnel…), se sentir indispensable pour l’autre. Le plus souvent, ces couples, fondés à la fois sur la domination et sur la recherche de la fusion, s’enfoncent toujours davantage dans leurs dysfonctionnements. Ce qui les amène, à terme, soit à l’impasse, soit à la rupture. Dans le premier cas de figure, avec le temps, le « malade » guérit et, de fait, n’a plus besoin d’un « médecin » ni d’un témoin gênant de sa « déchéance » passée. Il se peut également qu’il se révolte en prenant conscience que cette relation, loin de le libérer, entretient sa dépendance, s’en nourrissant pour continuer à exister. Dans le second cas de figure, les tentatives du « sauveur » échouent, alimentant sa frustration et sa colère et générant de la culpabilité et de la souffrance chez son partenaire. Ce sont là des situations dramatiques qui sont relevées en thérapie de couple.

 

6.5. Le manque de projet de vie

Comme le précisent souvent les psychologues en thérapie de couple, établir des projets de vie est indispensable pour avancer à deux. Mais, pris dans l’euphorie des premiers temps de la relation, les jeunes couples revendiquent le droit de « vivre au jour le jour » et évitent de se projeter dans l’avenir. Ce n’est que lorsque le quotidien a émoussé l’enthousiasme et la spontanéité des débuts que l’avenir de la relation apparaît comme un espace vide, ennuyeux ou angoissant. Certains vont alors « voir ailleurs » pour remettre du désir et de l’excitation dans leur vie ; d’autres, pour meubler le vide, décident de déménager, de se marier ou d’avoir des enfants, mais, une fois ces projets réalisés, se rendent compte que la vie à deux ne leur apporte plus ni envie ni énergie.
C’est alors que, au lieu de questionner en profondeur la relation et ce que l’on attend d’elle, chacun se replie sur soi et développe, en parallèle du couple, des projets personnels. Lesquels, loin de nourrir la relation, la fragilisent encore davantage. Dans cette dynamique, l’un des deux finit par s’apercevoir qu’il est plus épanoui seul ou à l’extérieur de son couple et met fin à celui-ci. Ou, par peur de la solitude, par culpabilité, chacun se résigne et vit « seul, à deux ».

 

6.6. La paresse

Aussi étrange que cela puisse paraître, on peut observer, en thérapie de couple, un phénomène étrange. Il existe des couples qui affirment les propos suivants « On s’aime, donc ça doit marcher entre nous », « Si ça ne marche pas, c’est que l’on ne s’aime pas assez », « Si l’on ne se comble pas sexuellement, c’est que l’on n’est pas faits pour vivre ensemble »
De nombreux couples, les plus jeunes en particulier, sont persuadés que, entre eux, tout doit fonctionner d’emblée. Au moindre problème relationnel ou sexuel, ils concluent que la relation est condamnée. C’est pourquoi ils ne se donnent pas la peine d’essayer de surmonter à deux leurs difficultés. Habitués au zapping, à la consommation, donc à combler toutes leurs envies et tous leurs manques dans l’instant, ils ont du mal à supporter la frustration et à fournir des efforts qui ne portent pas leurs fruits immédiatement. C’est oublier que le couple et la sexualité ne vont pas de soi et se construisent avec le temps.

 

6.7. Le fatalisme

Comme le soulignent souvent les psychologues en thérapie de couple, deux écueils principaux guettent les couples de longue durée : les conflits que l’on ne règle pas parce que l’on considère qu’il est trop tard, et l’essoufflement du désir, voire l’absence de relations sexuelles. Des conflits lors de la vie de couple non réglés en profondeur ressortent rancoeur et frustration, et de l’usure du désir, installée au fil du temps, des conduites d’évitement qui alimentent une agressivité souterraine empoisonnant les échanges les plus anodins. La bonne réaction consisterait à communiquer sur ce qui fait effectivement problème pour tenter de trouver une solution (parfois en faisant appel à un psychologue thérapeute de couple).

 

 

7. Quand l’enfant paraît

 

Bon nombre de psychologues en thérapie de couple peuvent observer que la naissance d’un enfant agit souvent comme un facteur déclenchant, faisant remonter à la surface des difficultés plus anciennes. Avec l’arrivée de l’enfant, toutes les « erreurs » répertoriées ci-dessus deviennent autant de pièges qui se resserrent. Ce sont parfois les désaccords qui surgissent à propos de l’éducation et de l’organisation au quotidien de la vie de famille. Autre phénomène parfois observé en thérapie de couple : le bébé vient rompre la symbiose, donnant l’impression de « prendre la place » de l’un des partenaires auprès de l’autre. L’enfant devient l’unique centre d’intérêt de l’un ou des deux parents, jusqu’à ce que ceux-ci abandonnent toute vie amoureuse. De nombreux couples pensent encore que l’arrivée d’un enfant résoudra de façon magique tous les problèmes. Mais un enfant ne peut constituer un projet « final ». Idéalement, c’est pour le couple une étape à franchir, lorsque la plupart des pièges ont été déjoués et que les erreurs de comportement ont été repérées, et réparées.

 

 

8. L’argent, pomme de discorde

 

En thérapie de couple, on peut estimer que la gestion de la vie quotidienne, la sexualité et, enfin, les questions d’argent sont les principaux motifs de crise dans le couple. Or, les questions d’argent sont de plus en plus fréquentes dans la réalité des couples. Soit l’un dépense beaucoup et l’autre thésaurise à l’excès, soit les deux partenaires se mènent la vie impossible à vouloir vivre dans un partage sans faille des dépenses… Ces différences dans les rapports à l’argent peuvent mener à la séparation parce qu’elles sont un indicateur de la confiance mutuelle que l’on s’accorde et qu’elles renvoient à la capacité (ou à l’incapacité) à surmonter la réalité qui, dans ce domaine, peut parfois être rude. Elles sont aussi le signe d’une lutte de pouvoir. Garder ou, au contraire, brûler l’argent du couple devient un moyen de s’imposer face à l’autre. « Quelle « valeur » ai-je à tes yeux ? », « Est-ce que tu m’aimes pour ce que je représente ou pour ce que je suis vraiment ? », etc. Ce sont ces questions, relatives à l’identité de chacun, qui sont énoncées à travers ces comportements.

 

 

9. Les séparations et les ruptures amoureuses

 

La vie est faite de séparations et de ruptures amoureuses. A travers elles se constituent les individus et se structurent les relations sociales. Ainsi que le rappellent les psychologues et les sexologues, les ruptures amoureuses et le divorce font partie du paysage social contemporain. La perspective de séparation d’un couple en crise en vient à être intégrée comme une donnée de l’échange conjugal. En contractant leur union, les membres du couple savent désormais qu’elle peut, dans des délais plus ou moins longs, aboutir à une séparation, légale en cas de mariage. Plus d’un mariage sur deux contractés en Belgique se terminant, en effet, par un divorce, celui-ci se banalise et sa stigmatisation s’affaiblit fortement. La crise conjugale dans le couple devient soudainement normale.

Ainsi, comme le relatent les thérapeutes de couple, le divorce devient, en quelque sorte, une composante structurelle du mariage !

Cependant, la banalisation des ruptures amoureuses n’exclut pas les souffrances psychiques inhérentes à la rupture des liens affectifs. Et le problème se complique d’autant plus si des enfants sont présents.

Certains psychologues et sexologues ont mis en parallèle les stades du deuil et les stades du divorce : le déni et l’isolement, la colère, le marchandage, la dépression et finalement l’acceptation. Ce processus émotionnel peut être long et se dérouler parfois sur plusieurs années. Si abandon, et perte se retrouvent dans les deux expériences, la possibilité sporadique de renouer des liens et d’avoir des contacts avec l’être perdu est spécifique du divorce, surtout lorsque le lien conjugal se prolonge à travers le lien parental.

Plusieurs étapes ont été identifiées dans le processus de séparation de couple ou de divorce lors de la rupture amoureuse. Certains les traversent de façon linéaire, d’autres s’installent à une étape significative sans pouvoir la dépasser, voire même régressent à une étape antérieure…Ainsi, le vécu des personnes en instance de séparation est très variable.

 

9.1. La menace de séparation de couple ou de divorce

Dans un premier temps, lorsque la menace de séparation se verbalise, l’instabilité et l’insécurité s’installent. L’insatisfaction se manifeste, les frustrations s’accumulent, affectives, sexuelles, matérielles. Souvent, l’un des partenaires exprime sa désillusion à l’égard de l’autre partenaire incapable d’être à la hauteur des illusions narcissiques dont on l’a comblé. Il manifeste son mécontentement et son besoin de changement. Cette phase n’est pas forcément l’indice d’un échec programmé mais peut révéler un malaise profond dans la relation de couple et il est souhaitable que cette « crise du couple » incite les deux partenaires à réagir à cette situation indésirable avant qu’elle ne devienne irrémédiable, notamment en entrant en thérapie de couple.

Plusieurs causes peuvent expliquer cette situation :

  • l’usure du couple et la monotonie de la vie quotidienne
  • la recherche d’une identité et d’un épanouissement personnel plutôt qu’un investissement dans la vie du couple
  • la naissance et l’éducation des enfants, avec ce qu’elle peut générer de différences dans les ressentis de chacun, liés à son histoire personnelle, sa culture, ses origines, son milieu social. L’enfant est un tiers bien spécifique et un rival particulier pour l’autre de la relation amoureuse. Il vient perturber le jeu conjugal. La triade parents-enfant est susceptible de concurrencer le duo conjugal.
  • l’infidélité
  • les contraintes financières ou économiques qui peuvent remettre en question la vie à deux
  • les évènements familiaux, les deuils, le chômage, la maladie, les addictions, les problèmes psychologiques, la violence…

A ce stade, la vie du couple est émaillée par des crises de plus en plus fréquentes, sur un fond conflictuel permanent. Il est encore possible d’agir en thérapie de couple en prenant conscience de la nécessité de modifier son comportement et de tenter de trouver en soi les ressources d’impulser une nouvelle dynamique pour sauver son couple.

 

9.2. La séparation de couple après la rupture

Elle peut être discrète, si l’un des conjoints est impliqué dans une relation parallèle avec une autre personne ou concrète, soudaine, ce qui ne veut pas dire définitive, ou déterminée à l’avance si les deux conjoints se sont mis d’accord pour mettre un terme à la cohabitation, ce qui représente une étape plus définitive.
Parfois, l’un des conjoints refuse d’admettre la réalité de la séparation que l’autre lui impose, croyant que cette situation est temporaire et transitoire. Cette phase de déni est plus ou moins accentuée et peut se clore avec la mise en place des mesures légales concrètes.
A ce stade, et comme peut l’observer tout thérapeute de couple, la colère et le ressentiment sont souvent présents, colère dirigée contre soi ou tournée vers l’extérieur, dans le but d’atteindre l’autre dans son intégrité et ses valeurs profondes, souvent à travers des actions irrationnelles qui peuvent même être préjudiciables à soi-même.
Bien connue du psychothérapeute, la dépression peut se faire jour lorsque la réalité du divorce est devenue inéluctable et que le sentiment de perte vient remplacer la colère et la rage, dépression réactionnelle au sentiment d’abandon, s’inscrivant parfois dans un processus psychique préalable d’espoirs perdus ou de rêves brisés signant la brisure finale de la relation conjugale.

 

9.3. L’isolement

A ce stade, l’isolement de la famille ou de l’extérieur est fréquent chez celui ou celle qui subit la séparation et la perte de l’autre. On coupe les liens avec l’autre conjoint et la belle-famille, on désire même parfois ne plus voir ses enfants. On peut garder des liens avec sa propre famille ou des amis proches. Mais certaines personnes préfèrent volontairement rester seules.

 

9.4. L’acceptation

Au début, l’acceptation est ambivalente. Peu à peu, l’autre prend conscience que la décision de son ex-conjoint est inéluctable et irréversible. Il s’agit d’adopter de nouveaux comportements en présence des parents, de la famille, des enfants, des amis. Il s’agit d’accepter une situation qui pouvait paraître inacceptable. On compose avec la nouvelle situation.
Les conjoints ne vivent pas simultanément ces différentes étapes. Il est important que ce décalage soit reconnu pour mieux comprendre le vécu des personnes qui se séparent. Le temps est donc un facteur essentiel.