Si consulter un psychologue n’est pas toujours une démarche facile, demander un entretien chez le sexologue est encore plus difficile. La sexualité est un sujet dont souvent nous parlons difficilement, surtout s’il s’agit de la nôtre ! Notre malaise est grand lorsque nous devons évoquer nos problèmes sexuels devant un sexologue, tant il est très délicat d’aborder cet aspect de notre vie.

En fait, parler de la sexualité, évoquer la sienne propre ou celle que l’on vit au sein de son couple reste encore assez tabou, et ce non seulement pour des raisons sociales, morales ou psychologiques, mais aussi, bien entendu, parce que notre vie sexuelle s’inscrit dans notre intimité. Pourtant, notre sexualité améliore et contribue à notre bien-être psychologique et physique comme à notre épanouissement personnel ou conjugal. Mon expérience de sexologue montre que lorsque notre vie sexuelle est troublée, c’est tout notre rapport au monde ainsi que nos relations interpersonnelles qui sont troublés.

De plus, et pour une grande majorité d’entre nous, la sexualité demeure très instinctive. Nous en parlons peu, elle est très peu réfléchie et nous la connaissons somme toute assez mal. Qui plus est, bien des idées sont partagées à son sujet, mais il s’agit souvent d’idées reçues et parfois fausses. C’est une des raisons pour lesquelles, souvent, on en vient à penser que nos difficultés vont disparaître naturellement avec le temps, ce qui, comme le sait très bien le sexologue, est loin d’être vrai. De ce fait, alors que nos difficultés sexuelles persistent, il ne nous est pas aisé de trouver en nous-mêmes ou dans notre entourage un soutien adéquat pour apporter des solutions. C’est à ce moment qu’une consultation chez un sexologue peut s’avérer nécessaire et précieuse. Mes patients évoquent d’ailleurs souvent ce besoin de voir une personne « neutre » pour évoquer ces difficultés.

Accroître ses compétences et développer son potentiel sexuel est aujourd’hui reconnu comme un droit élémentaire. Force est aussi de constater qu’il est tout à fait normal et tout à fait légitime de vouloir mieux connaître ses désirs et son corps, de vouloir augmenter son plaisir ou encore de vouloir améliorer ses relations sexuelles.

C’est dans cette philosophie, à la fois de dépassement des problèmes, d’épanouissement et d’apprentissage, que je conçois mes entretiens et mes consultations en sexologie. Psychologue et psychothérapeute, je suis en effet également sexologue de formation et je pratique au quotidien la thérapie de couple et la sexothérapie.

Avec l’assurance d’un travail sérieux, respectueux et professionnel, je vous apporte l’aide nécessaire, au travers de votre vie personnelle et de votre vie de couple. Vous trouverez à la page concernée les références de mes diplômes de Licencié en Psychologie et de licencié en Sexologie, obtenus à l’Université Catholique de Louvain, avec Distinction et Grande Distinction.

Le terme général qui était utilisé autrefois par les sexologues pour décrire la plupart des troubles sexuels masculins était celui d’ « impuissance ». Ce terme est aujourd’hui encore utilisé mais limité à la dysfonction érectile.

Aujourd’hui, les sexologues parlent de 4 types de dysfonctions sexuelles masculines :

  • l’éjaculation précoce, maintenant appelée prématurée,
  • l’absence d’éjaculation,
  • l’impuissance primaire ou secondaire,
  • la dyspareunie (douleurs lors des érections).

Au niveau étiologique, les causes de dysfonctions sexuelles se répartissent en :

  • 6% organiques,
  • 23% multifactorielles,
  • 63% psychologiques.

Les sexologues ajoutent à ce tableau les comportements de dépendance à la pornographie, une activité fantasmatique débordante ou exagérée, les comportements déviants ayant trait à l’utilisation du regard (voyeurisme-exhibitionnisme), de la douleur (sadisme-masochisme), du mode de satisfaction (fétichisme) et, dans des proportions dramatiquement non négligeables, la problématique des violences sexuelles et des abus sur les mineurs. Ces aspects sont souvent évoqués chez un psychologue, mais la spécialité d’un sexologue reste un atout majeur pour dépasser ce type de difficulté.

 

 

1. L’éjaculation prématurée ou précoce

 

Le sexologue évoquera l’éjaculation précoce ou prématurée lorsque l’homme ne peut pas contrôler durablement son excitation car son éjaculation survient involontairement (difficulté à déterminer le point de non-retour).

Un sexologue vous rappellera aisément que l’éjaculation se passe en deux temps. Le premier temps, ou phase préexpulsive, correspond à la mise en tension du sperme dans les voies génitales postérieures. Cette phase est perceptible par l’homme, contrôlable et réversible. Le deuxième temps est la phase expulsive, elle correspond à l’expulsion du sperme. Cette phase est incontrôlable et irréversible, car il s’agit d’un réflexe. On ne peut pas agir sur un réflexe qui s’est déclenché.

Les psychologues et les sexologues sont unanimes : les principales causes sont essentiellement d’origines psycho-comportementales :

  • soit une mauvaise habitude de masturbation, durant l’adolescence, ayant pour seul but d’évacuer très rapidement une tension sexuelle, sans faire durer ni apprécier le plaisir qui précède le réflexe éjaculatoire,
  • soit une très forte tension émotionnelle incontrôlable lors des rapports sexuels,
  • soit du stress, par la peur de l’échec ou par la peur de ne pas être performant,
  • soit l’impossibilité de contrôler le déroulement de la réaction sexuelle,
  • soit enfin, un conflit relationnel avec le/la partenaire. L’éjaculation précoce, ou éjaculation prématurée, sera alors l’expression de l’agressivité du partenaire masculin vis-à-vis de sa partenaire, ce qu’un psychologue ou un sexologue pourra aborder davantage dans une thérapie de couple.

Lorsqu’une éjaculation précoce se reproduit à plusieurs reprises de manière consécutive, le sexologue pourra invoquer la peur de l’échec et le stress qui sont souvent, à eux seuls, responsables d’une éjaculation précoce ou prématurée répétitive et durable.

Le sexologue fera attention à ce trouble car son évolution peut conduire à une impuissance psychologique, du seul fait des échecs répétés. Une sexothérapie, seul ou en couple, est alors indiquée.

Les causes organiques d’une éjaculation précoce ou prématurée sont très rares : elles peuvent s’observer au cours d’une infection urinaire, ou dans le cas d’un phimosis (impossibilité de découvrir le gland).

Pour pallier à ces difficultés, le sexologue travaillera avant tout comme psychologue, psychothérapeute ou comme thérapeute de couple. Il prendra sa casquette de sexologue par la suite, si la cause est « indépendante » d’un contexte conjugal ou psychologique spécifique.

Le travail du sexologue peut être constitué d’exercices s’appuyant sur les thérapies individuelles ou en couple et sur des exercices de respiration et de relaxation qui ont pour finalité de traiter le stress, l’angoisse de l’échec, et le fort contexte émotionnel lors des rapports sexuels.

 

 

2. L’éjaculation retardée ou différée et l’anéjaculation

 

Le sexologue déterminera une éjaculation retardée ou différée, voire une anéjaculation lorsque l’on observe un retard ou une absence d’expulsion de sperme hors des voies génitales, chez un homme qui a une excitation sexuelle normale. L’anéjaculation peut être totale, c’est-à-dire aussi bien par masturbation que lors d’un rapport sexuel. Elle peut être partielle, c’est-à-dire uniquement lors d’un rapport sexuel, alors que l’éjaculation se produit normalement par masturbation (l’inverse étant beaucoup plus rare).

Le sexologue devra tenir compte de paramètres organiques potentiels dont les plus fréquents sont la chirurgie de la prostate ou des voies urinaires, une malformation des voies urinaires et enfin l’usage de certains médicaments (en particulier les neuroleptiques).

Le sexologue abordera toujours des causes psychologiques possibles et fréquentes qui sont le plus souvent liées à un problème qui remonte à l’enfance, à un problème relationnel avec le/la partenaire, à des peurs inconscientes de « castration » et à des anxiétés relatives à la performance, ou encore au surcontrôle de l’éjaculation. C’est là une thérapie qui se situe au carrefour d’un travail de sexologue et de psychologue.

Rappelons que très souvent, pour la partenaire féminine, cette anéjaculation est mal vécue, car elle se croit incapable de faire jouir son partenaire. Cette incapacité est généralement culpabilisante pour la partenaire, qui se demande si ce n’est le manque d’attirance pour elle qui est responsable de cette absence d’éjaculation. Ici aussi, en l’occurrence, le travail avec le psychologue s’avère utile.

Une anéjaculation de cause organique doit être traitée par un médecin. Le sexologue doit « passer » la main car cela sort de son champ d’action. Par contre, une thérapie comportementale et cognitive sera cependant un complément très utile au traitement médical, afin de retrouver plus rapidement une éjaculation satisfaisante. En effet, le sexologue le sait bien, l’homme anéjaculateur, même guéri médicalement, aura de la difficulté pour retrouver une attitude comportementale pouvant faciliter son éjaculation.

Une anéjaculation d’origine psychologique nécessite un travail approfondi chez un sexologue, voire préférentiellement chez un psychologue, afin de résoudre un conflit personnel ou inter personnel.

 

 

3. Les troubles érectiles

 

« Impuissance » est un mot troublant pour la population masculine. Dans l’histoire de l’homme, l’impuissance a longtemps été synonyme d’un manque de virilité, ou d’une incapacité à se reproduire. Le problème de l’impuissance est vraiment très ancien et a toujours préoccupé les hommes. Les psychologues et les sexologues se sont longtemps questionnés à ce sujet.

Il y a très longtemps, chez les Égyptiens, l’impuissance était considérée comme une défaite, les hommes qui en souffraient étaient émasculés et leurs membres présentés aux pharaons. Chez les Grecs, les troubles de l’érection étaient un déshonneur et des solutions plus ou moins grotesques étaient proposées aux hommes qui en souffraient. Au milieu du XIIème siècle, l’annulation du mariage était autorisée pour les femmes dont le mari ne pouvait assurer son devoir conjugal. Des procès d’impuissance ont été organisés, l’homme devait être capable devant le public de montrer qu’il pouvait avoir une érection. L’homme qui n’y arrivait pas était déshonoré toute sa vie et stigmatisé.

Bien plus tard, au XVIIIème siècle, la sexualité est devenue tabou : la masturbation était même « combattue » par diverses méthodes. Pourtant, la révolution industrielle aidant, des techniques de stimulation sexuelle sont nées grâce à l’électricité : la chaise électro-galvanique, la pompe à vide ou les injections d’arsenic.

Les causes des troubles de l’érection sont variées : ils sont souvent d’ordre physique, biologique mais parfois ils dénotent un véritable problème psychologique.

Ces troubles sexuels peuvent arriver à tous les moments de la vie d’un homme. Ils se définissent par une difficulté ou une incapacité à avoir une érection permettant de pratiquer l’acte sexuel, ou une incapacité à maintenir cette érection durant l’acte. Ces troubles surviennent de manière épisodique ou peuvent être permanents.

Le sexologue considèrera le mode de vie du patient. La consommation de tabac ou d’alcool et le surpoids sont, par exemple, des facteurs qui augmentent les risques de troubles de l’érection. La fatigue et l’anxiété sont également souvent des causes révélées dans les troubles de l’érection.

Le sexologue prendra aussi en considération l’âge du patient : à partir de 50 ans, un homme a parfois besoin de plus de temps ou de stimulations pour obtenir une érection satisfaisante.

Les causes des troubles érectiles sont en vérité multiples, et elles appellent tantôt un traitement chez le médecin, tantôt une consultation chez le sexologue, tantôt une thérapie chez le psychologue. Ces causes sont soit :

  • des causes hormonales : une baisse du taux de testostérone, appelée andropause ou hypo androgénie, qui s’accompagne d’une baisse du désir (libido) et d’une diminution des érections nocturnes et matinales.
  • des causes organiques : les plaques d’athérome sont les premières causes organiques de dysfonction érectile. Or, le dépôt de plaques d’athérome sur les parois des artères irriguant le pénis peut provoquer un rétrécissement des artères et empêcher le sang de circuler normalement et de maintenir une érection. On appelle ce trouble l’angine du pénis. Les facteurs de risque de l’athérome sont les mêmes que pour les problèmes vasculaires et cardiovasculaires : le tabagisme chronique, le cholestérol, l’hypertension artérielle et le diabète. L’insuffisance rénale est une cause fréquente des troubles de l’érection : environ 40 % des hommes atteints d’insuffisance rénale chronique ont une dysfonction érectile.
  • des causes chimiques : certains médicaments comme des antihypertenseurs, des psychotropes ou des médicaments anti convulsivants ont des répercussions d’ordre sexuel.
  • des anomalies neurologiques : un accident vasculaire central ou un traumatisme de la moelle épinière peut porter atteinte aux nerfs érecteurs après une intervention chirurgicale sur la prostate.
  • des causes dégénératives : des maladies comme la sclérose en plaque, la maladie de Parkinson peuvent être à l’origine des troubles érectiles.

 

Cependant, il y a également des causes psychologiques que le sexologue déterminera : comme déjà évoqué, la dépression et l’anxiété sont des facteurs de pannes sexuelles pour certains hommes. La timidité, des antécédents de violence, un traumatisme d’ordre sexuel ou une identité sexuelle mal définie (homosexualité refoulée) conduisent parfois les hommes à souffrir de pannes, de troubles érectiles.

Enfin, la baisse du désir dans le couple est évidemment un facteur important : la routine, l’usure du couple, les problèmes d’infidélité peuvent entrainer des dysfonctionnements. Une thérapie de couple sera donc indiquée idéalement par le sexologue ou le psychologue.

Lorsque les problèmes d’érection sont d’ordre psychologique, l’homme concerné a toujours des érections nocturnes ou matinales. C’est ce qui permet de savoir s’il vaut mieux consulter un urologue ou un sexologue.

 

 

4. La maladie de La Peyronnie

 

Peu fréquente, la maladie de La Peyronnie est parfois douloureuse et elle est souvent source d’inquiétude. Responsable d’une déformation de la verge, cette maladie porte le nom de celui qui l’a décrite la première fois en 1743 : François Gigot de La Peyronnie, le premier chirurgien du roi Louis XV.

Les causes organiques de cette maladie sont claires : une plaque fibreuse apparaît sur l’enveloppe qui entoure les corps caverneux permettant l’érection. Handicapés par cet intrus, les tissus perdent alors une partie de leur élasticité. La verge ne pouvant se détendre suffisamment, l’érection prend alors une étrange tournure.

En général, la maladie survient vers la cinquantaine. Deux tiers des hommes atteints ont entre 40 et 60 ans. Avant même la présence de la (ou des) plaque(s), l’érection peut être douloureuse. Une fois les plaques apparues, la douleur disparaît le plus souvent. Pour d’autres hommes, il n’existe pas de phase douloureuse, mais la verge se coude peu à peu. Par palpation, il est possible de sentir les plaques dures lorsque la verge n’est pas en érection. Le plus souvent, les plaques se trouvent sur le dos de la verge qui se coude alors vers le haut.

Les conséquences sont multiples : pour certains hommes, l’angle peu important ne perturbe pas la vie sexuelle, pour d’autres en revanche, la courbure est telle que les rapports sont difficiles voire impossibles. Même si la plupart du temps, la maladie de La Peyronnie ne perturbe pas la rigidité de l’érection, elle est source d’un stress qui peut entraîner des troubles sexuels. Elle est parfois ressentie comme une gêne, une honte, une anormalité, voire une monstruosité, ou encore comme une perte de virilité. La courbure peut avoir d’importantes répercussions psychologiques.

Le sexologue ne peut agir dans ce cas et il relayera la main vers un médecin spécialiste. Il accompagnera cependant son patient par une aide psychothérapeutique.

 

 

5. Les problèmes de désir

 

Régulièrement, des hommes viennent consulter un sexologue pour des problèmes liés au désir : excès de désir ou, plus souvent, manque de désir. Le désir étant fluctuant et devant être entretenu, le patient peut être mis en difficulté dans certaines situations et connaître une absence de désir, une perte de désir, ou tout simplement une diminution du désir. A l’inverse, un désir sexuel trop grand peut créer également des difficultés, telles une situation compulsive ou des problèmes de couple – la partenaire ayant des besoins sexuels moins importants. Le désir sexuel peut connaître des perturbations, pour des raisons psychiques (stress, anxiété, angoisse de performance, difficultés financières, difficultés professionnelles, soucis d’ordre familial, manque de confiance en soi, etc.), mais il varie également en fonction de l’état de santé de l’individu et être influencé par la fatigue, les hormones (taux hormonal perturbé), la prise de médicaments (consommation d’antidépresseurs, par exemple).

Les problèmes liés au désir peuvent rencontrer des formes variables. La nature et l’intensité de ces problèmes seront évaluées par le sexologue.

 

 

6. Les problèmes relationnels

 

On pourrait ranger sous le vocable « problèmes relationnels » différents phénomènes :

  • la jalousie excessive,
  • la dépendance affective,
  • la violence conjugale,
  • la mésentente conjugale,
  • la (les) trahison(s).

Inutile de rappeler que la vie d’un couple est mouvementée, faite de hauts et de bas. En outre, rappelons qu’avec l’apparition des nouvelles technologies, les rencontres se font de plus en plus facilement et de plus en plus rapidement (pensons notamment aux réseaux sociaux ou aux sites de rencontres qui proposent aussi une géolocalisation des membres). De nouveaux comportements sexuels apparaissent, de nouvelles questions surgissent, notamment sur le thème de la fidélité ou de ce qui fait le couple aujourd’hui. Internet, qui propose aussi une multitude d’images à caractère érotique de toutes sortes (amateur, professionnel, etc.), crée des comportements qui risquent parfois de mettre le couple en péril (telle l’addiction à la pornographie). Bien des gens viennent régulièrement consulter à ce sujet. Comment concilier envies et besoins individuels avec celles ou ceux du couple ? Quand on est en couple, la sexualité est-elle toujours forcément partagée avec sa compagne ou est-elle à vivre aussi de manière individuelle ? Quelles sont nos limites ? Voilà des questions à reprendre avec le sexologue.

 

 

7. Les expériences traumatisantes

 

Au carrefour entre le travail du psychologue et du sexologue viennent toutes les problématiques relatives aux incestes, aux viols et autres abus. Consulter permet de pouvoir comprendre ces événements douloureux, pour les surmonter et se sentir libre dans sa sexualité, sans se sentir coupable et sans rester victime. Le sexologue aide alors à dépasser ces événements afin qu’ils acquièrent une portée positive dans le parcours sexuel de la personne, qui peut alors devenir active dans le choix de sa sexualité et dans l’accès à son désir et à son plaisir. Dans ce type de situations, il peut être conseillé parfois que la conjointe participe aux entretiens chez le sexologue sans que cela ne soit considéré comme une thérapie de couple.

 

 

8. Le manque de confiance en soi et d’estime de soi

 

En tant que psychologue et psychothérapeute, j’ai écrit à ce sujet bien des lignes, et ai rencontré bien des gens en difficulté par rapport à eux-mêmes. C’est là un sujet où se mêlent le travail du psychologue celui et du sexologue, voire dans certains cas celui de thérapeute de couple.

Le manque de confiance en soi, le besoin d’être rassuré et la timidité sont des difficultés courantes que le psychologue accompagne. Mais le sexologue peut avoir lui aussi son rôle à jouer. En effet, le manque de confiance en soi est encore moins facile à gérer lorsque la personne connaît des troubles sexuels car ceux-ci induisent souvent une remise en question qui modifie alors le comportement ou certaines attitudes. La « normalité » peut aussi être interrogée lorsque la personne a vécu une expérience sexuelle particulière, ou qu’elle a des pensées extraordinaires. La personne est alors fragilisée, doute d’elle-même ou de ce qu’elle a pu faire. Il est primordial de pouvoir, dans ces situations, prendre soin de soi en consultant un sexologue ou un psychologue qui peut rassurer et encadrer la réflexion.

 

 

9. Les difficultés liées à l’orientation sexuelle

 

Les difficultés liées à l’orientation sexuelle sont peu fréquentes et elles ne doivent pas être confondues en aucune façon avec l’identité sexuelle, qui définit pour sa part la manière dont on se sent homme ou femme. Le sexologue rappelle souvent que l’orientation sexuelle concerne l’attirance sexuelle, ce vers quoi notre désir sexuel se porte. Est-on attiré par les hommes, par les femmes, par les hommes et les femmes ? Ou n’avons-nous pas d’attirance sexuelle, sommes-nous asexuels (et non asexués, puisque cela signifierait ne pas avoir de sexe) ? Il s’agit d’évoquer ici tous les questionnements en lien avec l’hétérosexualité, l’homosexualité, la bisexualité, l’asexualité. Ces difficultés, abordées chez le sexologue, obligent souvent à une psychothérapie.

 

 

10. Les comportements sexuels déviants

 

Le sexologue déterminera plusieurs formes de difficultés :

  • le sadomasochisme,
  • le fétichisme,
  • le voyeurisme et l’exhibitionnisme,
  • le travestisme,
  • l’attrait pour des personnes d’âge trop différent,
  • les fantasmes encore contenus mais inquiétants.

Le sexologue relayera son travail à ce sujet à un psychologue qui sondera avant tout les motivations conscientes et inconscientes.

 

 

11. La pornodépendance

 

La pornodépendance est le fait, pour un amateur de pornographie, de ne plus pouvoir se passer de cette consommation. Celle-ci cesse donc d’être motivée par le seul plaisir ou par la curiosité, mais bien par une réelle forme de besoin physique ou psychologique.

La pornographie devient alors une drogue, car le consommateur ne peut plus s’en passer. Comme pour toute drogue, rapidement, l’usager en vient à renouveler sans cesse les doses… Et pour continuer à en ressentir les effets, il est contraint :

  • soit d’augmenter la quantité consommée (la pornographie prend de plus en plus de place dans sa vie)
  • soit de se procurer une excitation plus forte, en recherchant des scènes de plus en plus dures.

Comme toute drogue, la pornographie peut entraîner chez le patient des conséquences néfastes : isolement social, altération de la perception de la sexualité, ou bien encore troubles physiologiques.

 

11.1. Les trois formes de pornodépendance

 

11.1.1. Le type 1 : la recherche de contenu pornographique

Le dépendant visionne des films pornographiques, consulte des revues porno, fréquente des sites X. Il se masturbe devant, et y passe un temps toujours plus important. Il peut éventuellement collectionner du matériel. Il projette de la pornographie sur les individus du sexe opposé, sans pouvoir contrôler le flux des images de son inconscient. Le dépendant ne peut arrêter de consommer sans ressentir une sensation de manque. Certains dépendants ayant fait des tentatives de sevrage, et ont dû faire face à des échecs. La consommation du dépendant garde encore un caractère passif, puisqu’elle n’entraîne aucune forme d’interaction. Le dépendant consomme seul, et fait en sorte que son addiction soit indétectable. La majorité des dépendants sont des dépendants de type 1.

 

11.1.2. Le type 2 : la recherche non assumée d’interactions

Le dépendant cherche à entrer en contact virtuellement avec des individus du sexe opposé. Il se rend sur les live shows, où il chate avec des modèles rémunérés pour cela. Il peut utiliser des services de téléphone rose. Il fréquente éventuellement des sites de rencontre, mais ne rencontre jamais en réel les personnes avec qui il discute. Il attend de l’autre qu’il érotise son corps pour lui, en exigeant de sa part des photos, des films, ou en demandant à ce qu’on l’excite au téléphone ou par messagerie. Mais de son côté, le dépendant reste volontairement et intégralement en retrait. Il ne communique jamais ses vraies coordonnées, ni même son véritable prénom. Il peut éventuellement fournir des photographies ou des vidéos de lui (parties génitales, clips vidéo) mais en occultant son visage. Il utilise plus volontiers les espaces payants, afin de ne pas avoir à justifier la non réciprocité de l’exhibition. Le dépendant est entré dans une forme de passage à l’acte, car il entretient une relation directe avec un modèle ou un autre usager. Cependant, par manque de confiance ou souci de confidentialité, il cherche à ce que cette dernière ne puisse pas « déborder » dans le « monde réel ». A titre d’exemple, les dépendants en couple considèrent souvent qu’ils ne trompent pas leur conjoint quand ils demandent à une hôtesse d’un service de cam, de les exciter alors qu’aucun d’entre eux n’aurait l’idée de se masturber « en réel » devant un(e) inconnu(e).

 

11.1.3. Le type 3 : la recherche assumée d’interactions

Le dépendant ne se satisfait plus des interactions virtuelles. Il ressent le besoin de concrétiser, dans le « monde réel », ses pulsions. Pour cela, il va chercher à entrer en contact avec le sexe opposé (voire des personnes de même sexe). Cela peut prendre la forme de soirées dans des clubs libertins, de fréquentations de prostituées ou d’escortes. Certains, principalement pour des raisons de coût, cibleront les espaces de rencontre en ligne, soit dédiés aux libertinages, soit en principe réservés aux relations durables. Bien que s’affichant initialement comme à la recherche d’un partenaire stable (action de prédation), il va très rapidement dévoiler ses intentions afin de ne pas perdre de temps et de réduire les risques d’échec « en réel ».

Le dépendant passe de la consommation du corps pornographique, au corps physique. Dans la majorité des cas, il va chercher à multiplier les partenaires, et fuir toute installation d’une relation durable. La plupart des dépendants engagés dans de tels processus ressentent un dégoût assez prononcé de leur pratique, de par le fait qu’ils ont l’impression d’abuser du corps de l’autre. Ceux déjà en ménage ressentent également une forte culpabilité, conscient que leur addiction les amène à mettre leur couple en péril.

Ces trois formes ne constituent pas le parcours « obligé » du dépendant. Une certaine part des addicts en resteront au type 1, d’autres aux types 1 et 2, et d’autres aux trois types. Egalement, le fait de ne rester qu’en type 1, n’est pas à interpréter comme le signe d’une dépendance modérée ! Certains dépendants, par choix, manque de confiance ou manque de moyens, ne passeront jamais à l’acte… ce qui ne les empêchera pas de passer plusieurs heures par jour à surfer sur des sites X, et avoir les pires difficultés du monde à ralentir leur pratique.

 

11.2. Qui sont les pornodépendants ?

 

Une règle d’or bien connue par le sexologue : personne n’est à l’abri de la dépendance à la pornographie.

Même si, aujourd’hui, la pornographie bénéficie d’une aura médiatique sans précédent, rares sont ceux qui s’affichent ouvertement comme en étant des consommateurs réguliers. Consommer du porno renvoie à une certaine honte ; aussi est-il beaucoup plus confortable de croire que les dépendants du porno, sont tous des célibataires marginaux et mal à l’aise dans leur peau.

Il y a des consommateurs réguliers, et donc des dépendants à la pornographie à tous les âges et dans tous les milieux sociaux. Si certains sont bien célibataires, d’autres sont en couple, mariés, avec ou sans enfants. Peu sont marginaux ; bon nombre ont des situations professionnelles, des carrières, des responsabilités.

Une constante toutefois : la dépendance pornographique est un phénomène essentiellement masculin. Ce qui apparaît logique, dans la mesure où la pornographie est un produit quasi exclusivement fait pour les hommes, et donc massivement consommé par eux. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il n’y aucune femme pornodépendante! Ces dernières sont peu nombreuses, mais elles existent.

S’il est compréhensible de venir à la pornographique par curiosité, il n’est par contre pas normal d’y rester une fois les émois de la découverte passés. La pornographie ne peut jamais remplacer une construction sociale normale.

Dans leur majorité, les dépendants n’avaient pas de « terreau » favorable au développement d’une addiction. Ils ont souvent fait preuve d’une curiosité pour la chose dans leur jeunesse, puis ont peu à peu perdu le contrôle de leur consommation. Toutefois, il reste vrai qu’il existe des publics à ce titre plus enclins à tomber dans la dépendance que d’autres.

 

11.2.1. Les adolescents

Le psychologue le sait bien, l’adolescence est l’âge des tentations, de la recherche des risques, ainsi que des premières frustrations.

Certains adolescents iront chercher dans la pornographie un défi, une rébellion face aux modèles familiaux. C’est exactement la même logique qui peut initialement inciter un adolescent à consommer du tabac ou du cannabis par exemple.

D’autres, timides et peu confiants en eux-mêmes, ou socialement faiblement intégrés, seront naturellement séduits par les chaleureuses sirènes du monde pornographique.

Il faut rappeler qu’aujourd’hui, selon des études menées par des sexologues, la moitié des adolescents de 11 ans ont déjà vu un film pornographique ! La très grande majorité découvre la pornographie avant la sexualité.

De manière générale, les adolescents dont les parents ne surveillent plus les comportements à la maison, sont plus facilement exposés. Pour nombre d’entre eux, la pornographie est d’abord passée par l’écran de la télé un soir de liberté, ou alors par le PC installé dans la chambre.

Certains éducateurs responsables d’adolescents témoignent recevoir de plus en plus de sollicitations d’adolescents débordés par leur excitation sexuelle permanente, causée par une addiction aux films pornographiques. Ces derniers souffrent aussi de ne pas voir de vie amoureuse en parallèle.

 

11.2.2. Les personnes en état de fragilité affective

De nombreuses dépendances pornographiques ont commencé suite à une série d’échecs amoureux, une rupture difficile ou des tensions dans le couple. Ce genre de situations isole les individus, qui vont alors chercher dans la pornographie une échappatoire, un confort, ou un remède à leurs problèmes. Ils finissent alors par se convaincre que le monde pornographique, « émotionnellement froid », est beaucoup plus supportable que la réalité.

Ce n’est évidemment pas la bonne solution, dans la mesure où la pornographie ne va faire que renforcer l’isolement des dépendants. Elle « déconnecte » les dépendants du monde réel, en les installant de façon durable dans leur solitude.

 

11.2.3. Les personnes souffrant de frustration sexuelle

Pour les sexologues, nous vivons dans un monde « hypersexué ». En effet, notre réalité contemporaine déborde d’images pornographiques : unes de journaux de charme librement exposées en maisons de presse, publicités aguichantes pour du parfum ou autre, allusions commerciales diversement grivoises… Ce monde sexuellement agressif qu’on nous impose sollicite de façon permanente nos pulsions. La pornographie agit alors comme « miroir aux alouettes ». Elle prétend offrir à ses clients un monde sexuellement parfait, où tous les fantasmes prennent corps, et où toutes les frustrations se libèrent.

Une personne en parfait état d’équilibre sexuel saura relativiser le message pornographique, et savoir que ce qu’elle voit est complètement irréel. Mais les frustrés croiront voir en la pornographie un exutoire à leurs pulsions.

Rappelons que la frustration est le moteur essentiel de la pornographie: elle promet de la résoudre, et en même temps, elle l’entretient. Elle n’est pas la solution mais le problème.

Rappelons aussi que la pornographie est un marché économique de première importance; au même titre que l’industrie du tabac, elle « fidélise » ses clients en les rendant accrocs.

 

11.2.4. Les solitaires

L’abîme pornographique pourrait facilement apparaître comme une solution pour tromper l’ennui et la solitude. C’est pour cela que la consommation de pornographie est plus forte chez les célibataires endurcis et les étudiants par exemple. Le dépendant se réfugie dans la pornographie, faute de « mieux » ; puis, justement, à cause de la pornographie, il ne cherche plus à trouver mieux.

De surcroît, en l’absence d’un réseau social, les solitaires ne risquent pas de rencontrer de freins à leurs pratiques de dépendance (nombre de femmes n’acceptent pas en effet que leur compagnon consomme de la pornographie).

La consommation de pornographie devient alors un inévitable passe-temps, pour éviter de se remettre en cause. On consomme de la pornographie, pour ne pas avoir à se demander pourquoi on consomme.

De surcroît, la consommation de pornographie elle-même – sauf exceptions – se fait en cachette. Le dépendant ressent un mélange de honte et de culpabilité, qu’il a rarement envie de partager. En parler à un sexologue ou un psychothérapeute est déjà toute une démarche en soi.

 

11.2.5. Les victimes d’abus sexuels

On comprendra sans peine que les abus sexuels entraînent un dérèglement de la sexualité. Il arrive que les victimes « plongent » dans la pornographie, afin de pouvoir compenser, ou pour trouver une échappatoire à leurs tourments. La consommation apparaît d’autant plus forte chez ceux qui ont intériorisé ces agressions, refusant d’en parler, ou n’arrivent pas à se faire entendre lorsqu’ils ont essayé d’en parler.

 

11.2.6. Les « polydépendants », ou « polyaddicts »

Comme le nom le suggère, les polydépendants sont des individus victimes de plusieurs addictions. Si aucune étude n’a quantifié leur nombre, le phénomène n’est pas marginal. L’association porno/tabac ou porno/cannabis se trouve fréquemment cité par les psychologues et les sexologues.
Souvenons-nous, on peut tomber dans la pornodépendance pour de multiples raisons. Toutefois, on embrasse rarement plusieurs addictions par hasard ou par malchance. Les polydépendants ont généralement un terreau psychologique préalable (une blessure intériorisée, un traumatisme infantile par exemple) expliquant leur propension à développer des addictions.

 

11.3. Combien sont les pornodépendants?

 

Combien sont les pornodépendants? Difficile à estimer! Aucune étude quantitative ne s’est posée sur ce phénomène encore peu étudié. Les données existantes relèvent donc plutôt de l’estimation, que de l’analyse scientifique.

Selon le site www.orroz.net, 6 à 9% des surfeurs sur Internet seraient accros à la pornographie. Pour Patrick Carnac, 14 millions d’Américains souffrent de syndrome de la dépendance au sexe (sans qu’il s’agisse pour tous de dépendance pornographique, même si celle-ci est très présente dans toutes les dépendances sexuelles).

En tout cas, les dépendants sont de plus en plus nombreux. Les sexologues et les psychologues cliniciens ont en effet constaté une progression constante de leur nombre.

Rappelons que, dans le même temps, l’imprégnation et l’acceptation de la pornographie dans notre société se renforce. Internet y joue indéniablement un rôle. En effet, le web a fait s’effondrer les deux principales barrières à une consommation massive de pornographie: le coût (un nombre illimité de supports pornographiques sont en accès libre), et la culpabilisation sociale (la consommation sur le Net est discrète et anonyme ; peu de risques de « se faire prendre », comme auparavant à la sortie d’un cinéma porno ou d’un sex-shop).

 

11.4. La dépendance pornographique est-elle une « vraie » maladie?

 

La dépendance pornographie est un sujet d’étude gênant. Car la pornographie, et le sexe en général, ont dans notre société une dimension ludique. Les associer à l’idée de trouble, de maladie, de dépendance, c’est aller a contrario de l’idée dominante. De surcroît, on fait souvent rimer sexe, liberté sexuelle et liberté d’expression. Exprimer ses réserves sur la pornographie revient à être rapidement catalogué comme un réactionnaire ou un censeur.

Aussi, pendant longtemps, seule une poignée de spécialistes (psychologues, sexologues, psychothérapeutes) se sont penchés sur la question.

En 1988, les sexologues Reed et Blaine ont élaboré un modèle de processus d’addiction sexuelle, en quatre phases (phase obsessionnelle, phase d’exécution de rituels, phase d’agir sexuel, phase de désespoir). Ce modèle reconnaissait déjà un aspect addictif à la pornographie.

Dans les années 1990, le docteur Young Kimberley, à l’Université de Pittsburgh, a lancé les premières recherches sur les dépendances liées à Internet (dont la dépendance pornographique). Ses travaux, ainsi que ceux d’autres sexologues, ont démontré la nocivité de la consommation de sexe en ligne.

Enfin, en 2000, s’est tenu à Zurich la première conférence mondiale sur le thème. S’y sont réunis des médecins, psychologues, sexologues, sociologues, juristes et spécialistes du monde entier.

Le sujet, aujourd’hui, intéresse plus massivement la communauté scientifique qu’auparavant. Cela est principalement dû à la banalisation de la pornographie dans notre société. Toutefois, dans le débat public, il reste très ardu de parler de ce genre de questions. Autrefois, on n’évoquait pas les questions tournant autour de la sexualité par pudeur, ou interdit social. Aujourd’hui, on en parle de façon beaucoup plus facile, mais le plus souvent sous un angle ludique ou commercial. Il est encore aujourd’hui très difficile de présenter le sexe comme un objet d’étude sérieux.

La pornodépendance est évoquée selon les spécialistes, soit comme un trouble de conduite, une maladie obsessionnelle et compulsive, ou un trouble pulsionnel.

Nous ne rentrerons pas ici dans ce débat scientifique. Ce qui est intéressant ici, c’est de retenir que la dépendance pornographique, désormais, est reconnue comme un problème suffisamment majeur pour mettre en interrogation le monde scientifique. Toutefois, que l’on considère la dépendance pornographique comme une maladie ou non, il ne faut jamais perdre de vue la dimension perverse de cette consommation. En effet, les dépendants, pour nombre d’entre eux, voient dans les jeunes femmes qui les accompagnent dans leur vie, des objets sexuels disponibles. Certains passeront « le cap », du fantasme au réel, par la recherche d’aventures par exemple. D’autres malheureusement, violeront.

Le dépendant doit donc en permanence travailler sur la canalisation de ses fantasmes. Il est en effet beaucoup trop facile de se déresponsabiliser en se disant que c’est une maladie, et que donc, on n’y peut rien.

 

11.5. La pornographie : une drogue et ses effets

 

La pornographie est une drogue! A doses excessives, la pornographie provoque chez le dépendant une addiction similaire à celle engendrée par les autres toxicomanies.

L’amateur de pornographie recherche avant tout une sensation forte, une sorte de poussée d’adrénaline. Or, l’adrénaline produit dans le cerveau ce qu’on appelle la dopamine. La dopamine est une molécule, secrétée par l’hypothalamus, qui entraîne la sensation de bien-être. Il est d’ailleurs à ce titre utile de rappeler que les images à caractère sexuel ont, par essence, un extraordinaire potentiel excitant. Elles sont donc particulièrement aptes à faire secréter une forte de dose de dopamine.

On peut en venir à être rapidement dépendant de cette réponse chimique, et à chercher ainsi à renouveler sans cesse son plaisir. Le drogué est donc plus accro à ses propres hormones qu’a la drogue elle-même. Il en va de même pour l’excitation sexuelle. L’homme stimulé de manière régulière par des représentations explicites peut en effet concevoir un état de dépendance à ses « shoots » de testostérone. Et chercher, par conséquence, à reproduire le plus souvent possible les conditions dans lesquelles il les a ressenties.

Mais la surconsommation entraîne une accoutumance à cette poussée d’adrénaline. Le dépendant est alors contraint à la surconsommation, afin de pouvoir continuer à retrouver l’excitation des premiers jours. Il va donc « augmenter » les doses, ou « améliorer » le produit, ce qui, pour la pornographie, se traduit par la recherche de représentations sexuelles toujours plus extrêmes et violentes.

Le consommateur entre alors dans un cercle vicieux : parce qu’il ressent le besoin de consommer de la pornographie, il en consomme ; parce qu’il en consomme, il en ressent le besoin. Et cela, les pornocrates l’ont parfaitement compris de longue date ! La frustration est pour eux la garantie de consommateurs acquis à leur business.

 

11.6. Quel est le schéma classique de la dépendance?

 

En parlant de pornodépendance, les sexologues invoquent un cercle vicieux, ou une spirale addictive, qui suit schématiquement les quatre phases de n’importe quelle addiction. Toutefois, selon les sexologues, les phases sont décrites de façon plus ou moins proches :

 

Phase 1 : l’excitation

Le (futur) dépendant se sent attiré par la pornographie, pour une des raisons évoquées plus haut. Il commence à conceptualiser des fantasmes (descriptions sexuelles, scénarios excitants, focalisation sur des partenaires sexuelles espérées, etc.) qu’il va chercher à retrouver dans la pornographie. Ou alors, s’il n’a pas d’univers fantasmatique préalable, il se met en position de faire sien, celui que va lui imposer la pornographie. Dans les deux cas, un lien se crée entre l’univers fantasmatique du dépendant, et celui présenté par la pornographique.

 

Phase 2 : la consommation

Le dépendant se rend sur les sites pornographiques afin d’assouvir sa fantasmatique sexuelle. Avec le temps, ses recherches l’entraînent toujours plus loin : plus de « hard », plus d’images, plus de violence. La consommation s’accompagne dans la majorité des cas de masturbations, suscitées par l’excitation sexuelle provoquée par la pornographie. Certains dépendants en viennent à ce titre à se masturber plusieurs fois par jour de façon compulsive, c’est à dire beaucoup plus par automatisme et nécessité que par plaisir.

 

Phase 3 : le dégoût

Une fois l’excitation initiale descendue, le consommateur ressent souvent une forme de dégoût, de honte vis-à-vis de lui-même. En effet, il s’en veut de se sentir excité par la vision de femmes violentées, dégradées. Il s’en veut également de ne pas se sentir suffisamment fort pour lutter contre ses pulsions. Le dépendant comprend alors que sa consommation est compulsive.

 

Phase 4 : le retour addictif

Lorsque l’excitation lui revient, le dépendant ressent à nouveau le besoin de s’exciter. Il retombe ainsi en phase 1, malgré son passage de dégoût en phase 3. A la longue, il rencontre également des difficultés à contrôler son temps de consommation : les « juste 10 minutes » deviennent vingt minutes, puis trois quarts d’heures, etc. D’autres vont consommer du matériel pornographique sur leur lieu de travail ou en milieu scolaire. La prise de conscience de la gravité de la dépendance intervient. Selon les cas, le pornodépendant intériorisera son problème, par honte ou par impuissance. D’autres, et ils ont raison, chercheront à en parler ou à s’informer auprès d’un psychologue ou d’un sexologue.

 

Phase 5 (phase facultative) : le passage à l’acte

Dans certains cas, une cinquième phase peut se rajouter, celle du « passage à l’acte ». Les dépendants sont souvent débordés par leur propre excitation sexuelle. Dans un certain nombre de cas, cela va entraîner un passage à l’acte dans le monde réel. Ces passages à l’acte sont autant des tentatives désespérées d’épanchement de la soif pulsionnelle. Le passage à l’acte peut prendre différentes formes :

  • la recherche de relations adultérines (fantasme de la relation parallèle) ;
  • la recherche de partenaires sexuels multiples (idée d’une quête de fantasmes sans fins), au détriment de toute construction affective stable ;
  • un passage criminel : nombre de violeurs et pédophiles reconnaissent avoir eu recours à du matériel pornographique avant de passer à l’acte, et avoir voulu faire « comme dans les films ».

 

Egalement, il est important de rappeler que l’utilisation des services de live shows, ou de webcams X, est assimilable à un passage à l’acte: le dépendant établit une connexion réelle avec une personne, qui va se dénuder pour lui, selon les ordres qu’il va personnellement lui donner. Les deux « partenaires » se masturbent chacun de leur côté; mais ils ont chacun conscience de la présence de l’autre, et trouvent leur excitation ou leur intérêt dans cette présence.

 

11.7. La pornographie peut-elle avoir des effets sur la représentation de la sexualité?

 

Oui, malheureusement. N’importe quel sexologue vous l’expliquera : les images à caractère sexuel sont celles qui imprègnent le plus durablement notre cerveau et notre imaginaire. Feindre qu’une surconsommation de pornographie est sans danger, est donc d’une hypocrisie monstrueuse.

 

La recherche d’une sexualité irréelle

Un esprit équilibré et averti, saura que ce qu’il voit à l’écran, n’est pas une sexualité classique, mais bien une vision extrême de la sexualité. Mais pour les esprits plus fragiles, ou plus naïfs, la confusion entre la réalité et le fantasme à l’écran est facilement réalisable. Ces derniers en viennent à intérioriser que ce qu’ils voient à l’écran, est bien ce qui se fait dans la réalité. Ils idéalisent à outrance leurs rapports sexuels. Les conséquences sont évidentes. Le pornodépendant cherchera sans cesse à satisfaire la soif sexuelle qui l’habite. Il n’a malheureusement qu’une chance infime de trouver, dans le monde réel, des partenaires partageant pleinement ses vues sexuelles, ou capables de reproduire les scénarios pornographiques. Déçu par la sexualité de ses semblables, le dépendant verra le fossé entre son univers fantasmatique et sa sexualité concrète s’agrandir. Ce qui contribuera encore et toujours, à renforcer sa frustration … ce qui l’entraînera à consommer toujours plus de pornographie, etc. La boucle est bouclée !

 

L’altération de la libido

La pornographie, en théorie, devrait stimuler la libido. Les dépendants sexuels sont en effets traversés par nombre de fantasmes, en quantité élevée. La pulsion sexuelle étant hypertrophiée, le drogué à la pornographie projette ses fantasmes sur tout ce qu’il rencontre. Mais le dépendant, comme nous venons de le dire, court après une sexualité irréelle. La chute est toujours douloureuse. Le dépendant finit toujours un jour ou l’autre par se rendre à l’évidence: il ne rencontrera pas dans le monde réel des partenaires comme ceux que présente la pornographie. A titre d’exemple, certains psychothérapeutes se sont intéressés aux vécus des premiers rapports sexuels des adolescents. La majorité de ceux qui sont des gros consommateurs de pornographie, se déclarent fortement déçus par leurs premiers rapports. Ils avancent que les sensations ne paraissent pas aussi bonnes quand dans les films. Ils peuvent également s’offusquer que le corps de leur partenaire ne répond pas aux standards esthétiques de la pornographie ; ou bien encore que ces dernières ne soient pas aussi ouvertes que les actrices. Certains en viennent même à se demander pourquoi les filles ne sont aussi « faciles » que dans les films ! Ajoutons à cela que le phénomène ne peut aller qu’en s’empirant. En effet, par la pornographie, le dépendant acquiert une certaine lassitude vis-à-vis des actes sexuels dits classiques. Il en passe alors à des formes de sexualité plus violentes. Puis, à nouveau lassé, il cherche encore et toujours plus violent, plus hard. Inutile de préciser que cette quête fantasmatique infinie à très peu de chances d’être satisfaite dans le monde réel.

 

Le repli sur une sexualité masturbatoire.

Du coup, certains dépendants en perdront le goût pour les rapports sexuels (bien que, paradoxalement, c’est justement ce genre de scène qui leur sont excitantes). Ils peuvent en venir à préférer la masturbation, accompagnée du défilement de pensées pornographiques. Le dépendant a ainsi l’impression de rester maître de sa sexualité, et de se mettre à l’abri de toute déception. Dans son livre « La pornographie et ses images »,Patrick Baudry évoque le cas d’un homme, vivant dans un appartement où défile sans cesse des bandes pornographiques, sans que ce dernier soit nécessairement en train de les regarder…Cet homme a complètement recentré sa sexualité vers une autosatisfaction, axé autour du contrôle des images pornographiques. Il se sent puissant, comme à la tête d’un harem d’actrices pornographiques dociles. Il a l’illusion du contrôle des corps qui défilent sous ses yeux. La recherche d’une satisfaction sexuelle par le biais du Net n’est pas normale. Le Net enlève à la sexualité sa dimension relationnelle, et éloigne dramatiquement de la réalité des corps.

 

11.8. La dépendance à la pornographie se manifeste-t-elle aussi en société?

 

Oui, malheureusement ! Le sexologue le sait très bien, la pornographie ne fait pas que diffuser des images de corps ayant des relations sexuelles. Elle véhicule aussi tout un discours social sur les femmes.

Le porno se plaît en effet à montrer des femmes dociles, soumises aux désirs de l’homme, comme dénuées de volonté propre. Elles sont présentées tels des poupées décérébrées, des corps sexuels à consommer. Perpétuellement disponible, la femme pornographique aime qu’on la brutalise, qu’on la martyrise. Tel est le discours sous-jacent de la pornographie

Le consommateur occasionnel saura faire la distinction entre ces représentations et la réalité. Mais le dépendant, nourri par cette imagerie, va intérioriser ce discours. Son addiction ne s’arrêtera pas devant l’écran de son PC ou à la dernière page de son magasine X : elle aura aussi des répercussions sociales.

Cette dérive est standard, et malheureusement logique. Le dépendant projette sur les femmes les fantasmes pornographiques incrustés dans son esprit. Le porno lui prétend en effet que toute femme serait avant tout un objet sexuel à convoiter.

Ainsi, la jeune femme croisée dans la rue, la collègue de bureau, parfois les propres membres de sa famille, deviennent matière à la formulation de fantasmes pornographiques. Le dépendant devient incapable de regarder une jolie femme, sans inconsciemment devoir développer dans son esprit une schématique pornographique. Toutes les formes de relations sociales qu’il peut avoir, sont entachées par la pornographie.

Au-delà de l’altération de la sexualité, évoquée plus haut, il en oublierait presque que ses interlocutrices sont des êtres humains, et non pas des machines sexuelles conçues pour le seul plaisir masculin.

De surcroît, ainsi que le rappellent les sexologues, notre monde moderne est extrêmement érotisé : le corps féminin s’y montre souvent dénudé, dans les publicités, à la télévision… Si un individu lambda peut y rester indifférent, ou n’y projeter qu’une simple admiration, ces visions seront autant d’électrochocs pour le dépendant.

Il est important de comprendre que cette intériorisation est subie. Dans plus de 99% des cas, le dépendant n’est pas un sadique, ni un « sale type ». Il n’a jamais demandé à être assaillie par de telles images. Cette situation est donc très mal vécue par le dépendant, qui a l’impression d’être un monstre, une sorte de pervers doté d’une double personnalité incontrôlable.

 

11.9. Le repli du dépendant sur lui-même

 

La dépendance au porno a tendance à isoler l’individu. Plusieurs raisons expliquent cela.

La consommation de pornographie est une activité chronophage, comme toutes celles sujettes à addiction. Le dépendant se connecte sur un site X « pour dix minutes », croyant capable de se contrôler. Puis, de sites en sites, de pages en pages, la durée de son surf s’allonge, pour parfois atteindre plusieurs heures. Il se rend compte que finalement, il ne fait pas tant de choses d’autres que « ça » de ses moments de détente.

Or, la consommation de pornographie est une activité extrêmement solitaire, très peu apte à générer de l’interactivité sociale. On ne rencontre en effet personne en surfant sur des sites X ou en regardant des vidéos pornos pendant des heures. Cela est également valable pour les dépendants de type II ou III, cherchant l’interaction avec des modèles virtuels (type II) ou réels (type III). Dans les deux cas, le rapport est faussé, puisqu’il se base uniquement sur un échange commercial : je paie pour un corps, donc ce corps se livre à moi. L’échange n’existe pas, au-delà de ce rapport à l’argent.

Enfin, certains dépendants vont tout simplement perdre le goût à « autre chose ». Constamment sollicités par leurs pulsions, ils perdent tout envie pour toute activité qui ne leur apporterait pas une satisfaction sexuelle. Les sorties entre amis, les moments romantiques… tout cela perd beaucoup d’attrait à leurs yeux. Ceux-là vivent porno, au jour le jour, même quand ils ne consomment plus.

 

11.10. Une difficulté à nouer des contacts affectifs ou à éprouver des sentiments amoureux

 

Les sexologues et les psychologues observent aussi parfois, chez les dépendants ayant commencé à consommer du X adolescent ou enfant, des difficultés à nouer des contacts affectifs durables avec la gente féminine. Ayant du mal à surpasser les fantasmes les envahissant à la vue d’une jolie femme, ils éprouvent mille difficultés à cerner en eux les sentiments qui pourraient se cacher derrière ce déchaînement pulsionnel. Concrètement, cela peut générer deux types de comportements :

  • Certains dépendants confondent les sentiments et leurs pulsions sexuelles. Ils « aiment pour coucher », ou « couchent pour aimer ». Ils ont l’impression de « passer à côté de quelque chose », puisqu’ils ne se sentent pas « pleinement amoureux » de leur partenaire, principalement apprécié pour son potentiel sexuel. Ils ont en quelque sorte l’impression de ne pas aimer « comme il faut ».
  • D’autres dépendants ont l’impression ne pas être capable d’aimer quelqu’un, car ils n’arrivent pas à dépasser le simple ressenti pulsionnel. L’émergence de sentiments exige une capacité à pouvoir s’intéresser à l’autre autrement que pour son potentiel sexuel. Ce que le porno, qui fut bien souvent la seule éducation sexuelle des pornoaddicts, ne leur a pas appris ! Du coup, ces dépendants auront littéralement l’impression de passer à côté de l’amour, d’être incapable d’aimer quelqu’un. Leur existence est souvent empreinte d’une grande solitude, et marqué d’un sentiment d’anormalité.

Pour le sexologue ou le psychologue, notre identité sexuelle commence à se construire à l’adolescence, à partir des images et des représentations de notre milieu. Les pornoaddicts adolescents ont vu leur imagerie sexuelle polluée précocement par la pornographie, avant même qu’un discours différent ne leur soit présenté. Ils sont prisonniers des représentations pornographiques, tout simplement parce qu’aucune autre ne leur a été proposé lorsqu’ils étaient jeunes. Devenus adultes, ils éprouvent de très grandes difficultés à « corriger le tir », et à apprécier quelqu’un pour ce qu’il est, et non uniquement pour son « potentiel sexuel ».

Le phénomène auparavant assez marginal, tend aujourd’hui à se généraliser, avec la banalisation du porno auprès du public enfant et adolescent. Le porno fait partie des normes des ados des années 2000 et 2010. On fabrique aujourd’hui des générations entières de pornodépendants, auquel il est urgent de donner un message contradictoire afin qu’ils puissent, une fois adultes, s’épanouir pleinement.

 

11.11. La tendance à la procrastination

 

La procrastination est le fait pour un individu de remettre à plus tard ce qui pourrait être fait de suite, au profit d’activités passives et/ou dénuées de responsabilité. Par exemple, préférer regarder la télévision plutôt que de s’occuper de papiers administratifs importants, surfer sur Internet toute la soirée au lieu de faire ses devoirs, etc.

Le psychologue explique la procrastination par une volonté inconsciente de l’individu, d’éloigner les tâches jugées déplaisantes, mais aussi celles entraînant un engagement ou une prise de risque. L’individu qui procrastine n’arrive pas à concrétiser ses désirs, ni à atteindre la motivation nécessaire pour vouloir les réaliser. Or, la pornographie a naturellement tendance à faire baisser le niveau d’intérêt des individus, pour les activités sans caractère sexuel. Ce phénomène de désinvestissement est observé dans toutes les formes de toxicomanie (ex : l’adolescent consommant du cannabis, et dont la qualité du travail scolaire est en chute libre).

Le pornodépendant aura donc tendance à errer de sites en sites, sans but précis, au lieu de s’affairer à des tâches plus importantes ou plus urgentes. Ce qui est paradoxal, est que le procrastinateur ne ressent pas particulièrement de plaisir dans ce gaspillage de temps. Généralement, il finit par regretter les heures perdues… et retombe pourtant rapidement dans les mêmes travers.

L’une des premières sensations venant avec le sevrage, est bien le sentiment de « renaissance ». Pour le sevré, tout d’un coup, tout gagne un relief nouveau. Le sevré retrouve de l’intérêt pour des activités qui lui semblaient auparavant rébarbatives. Il sort peu à peu de la procrastination, et se réinvestit dans des projets qui lui sont chers.

 

11.12. La sexualité vécue comme une fin en soi – l’attitude de prédation

 

La pornographie affirme une immédiateté de la sexualité. Les corps des acteurs et actrices y sont toujours disponibles. Il n’y a ni séduction, ni enjeu, ni rapport d’affection. Toute relation sociale – la visite du plombier, la venue du facteur ou du dépanneur télé, la soirée entre amis – n’y a comme seule finalité que les relations sexuelles. Les maigres scènes de comédie n’ont plus besoin d’être crédibles, puisque la finalité est unique et connue d’avance. C’est le triomphe de la sexualité de consommation : je veux ce corps, je prends ce corps. Tout ce qui entoure le rapport sexuel n’est que perte de temps, entrave à « l’achat ».

Certains dépendants, n’ayant pas encore pris conscience de leur addiction, n’envisagent ainsi les relations avec le sexe opposé que sous le seul angle de la satisfaction sexuelle. Ils chercheront en priorité à obtenir de leurs interlocutrices une réponse favorable à leurs sollicitations. A défaut, ils se désintéresseront très vite et iront tenter leur chance ailleurs (attitude de prédation).

Rechercher en premier lieu une satisfaction physique avant une satisfaction affective, n’est en soit pas choquant, tant que ce choix découle d’un libre consentement des partenaires. Et c’est là que se situe le coeur du problème ! L’attitude de prédation est notamment tenue par des dépendants fréquentant les sites de rencontres « sérieuses ». Ils s’y heurtent à des femmes qui, elles, sont à la recherche d’une relation plus engageante. Dans l’espoir d’arriver à leurs fins, ils vont donc masquer leurs intentions premières. La « relation », dont les termes sont faussés d’entrée de jeu, est condamnée à l’échec.

De surcroît, lorsque le dépendant-prédateur désire passer à autre chose, il s’aperçoit qu’il a de grandes difficultés à s’investir dans une relation durable. Tout simplement parce que la pornographie ne lui a pas appris d’autre modes de comportement. Tout ce temps, parfois des années à chercher « du sexe », ne lui ont pas à appris comment s’impliquer dans une relation de couple.

 

11.13. Le degré de la pornodépendance

 

Chaque individu et chaque parcours sont uniques. Il n’y a donc pas de « niveau plancher ». En effet, face à une consommation égale de pornographie, certains individus tomberont vite dans la dépendance, d’autres non. C’est un peu comme quand on dit d’un individu qu’il « tient mieux l’alcool » qu’un autre : le niveau de tolérance n’est pas le même.

Il est possible de définir simplement la pornodépendance de la façon suivante: elle l’est lorsque la consommation de pornographie d’un individu est jugée excessive et handicapante.

La notion de « consommation de pornographie » suggère une habitude de la pratique. Le pornodépendant considère en effet la consommation de porno comme une activité à part entière, et non plus comme une occupation marginale. Il n’est plus dans le cadre du « film X de temps en temps ». La consommation de X prend au pornodépendant un temps suffisamment important, pour le priver d’autres activités, comme par exemple une activité sportive ou des sorties entre amis. Il est également dans une logique de « perfectionnement » de sa consommation, puisqu’il recherche continuellement un contenu toujours plus hard ou en quantité toujours plus nombreuse.

Le jugement peut être celui que porte le dépendant sur sa consommation, mais pas seulement. Les compagnes de dépendants témoignent souvent de leur conviction que leur compagnon est un addict, alors que celui est en pleine négation de son état. Cette phase de déni est commune à tous les dépendants; elle dure plus ou moins longtemps selon les individus.

Le caractère excessif est le critère plus difficile à définir. Excessif par rapport à quoi? Il n’y a pas de « norme » de consommation pornographique. Il s’agit donc ici plutôt d’un ressenti, celui du dépendant ou de son entourage.

On ne peut être dépendant d’une pratique qui ne nous cause aucun tort. Mais la dépendance au porno, comme nous venons de le voir, a de lourds effets négatifs sur l’individu. C’est d’ailleurs le plus souvent la prise de conscience de ces handicaps, et l’incapacité à les surmonter, qui forcent l’individu à reconnaître qu’il a un problème.

Disons simplement qu’il y dépendance quand les trois critères suivants sont réunis :

  • L’utilisateur consomme le produit plus par besoin ou nécessité, que par plaisir ou curiosité.
  • L’utilisateur ne peut simplement s’arrêter, sans un effort de volonté supplémentaire, ou sans aide extérieure.
  • Son univers sexuel (fantasmes) est empreint des représentations pornographiques.

La « cybersexualité compulsive » commence à partir de 11 heures hebdomadaires consacrées à la recherche de matériel pornographique, indépendamment du support. Ce seuil serait déjà dépassé par 1 million de surfeurs américains (sur les 23 millions de surfeurs amateurs de pornographie).

Un auteur cite même le cas de dépendants dépassant les 5 heures journalières de recherche de matériel pornographique.

Dans son livre « La cyberdépendance en 60 questions », Jean-Charles Nayebi a établi une liste de « signes de cyberdépendance » :

  • Signe 1. Le sujet est habitué à passer du temps sur les sites à contenu pornographique, sur des forums de discussion à connotation sexuelle, à entretenir une correspondance par messagerie, dans le but de trouver une excitation continue, voire une satisfaction sexuelle.
  • Signe 2. Le sujet s’adonne à l’entretien de fantasmes sexuels censurés dans sa vie sexuelle réelle.
  • Signe 3. Le sujet organise une excitation ou une satisfaction sexuelle au gré de ses connexions à Internet.
  • Signe 4. Le sujet instaure des habitudes de consommation sexuelle à travers le Net.
  • Signe 5. Le sujet a tendance à cacher à son partenaire sexuel habituel ses activités sexuelles sur le Net.
  • Signe 6. Le sujet ressent de la honte, voire de la culpabilité, au sujet de son activité sexuelle sur le Net.
  • Signe 7. Le sujet se spécialise dans la recherche du sexe sur Internet avec une augmentation du temps de recherche active.
  • Signe 8. Le sujet subit la masturbation compulsive dont il se sert pour abaisser une tension sexuelle accrue.
  • Signe 9. Le sujet instaure, progressivement, une préférence pour le cybersexe, au détriment de son partenaire sexuel habituel s’il en a, ou au détriment de la recherche d’un partenaire réel s’il est seul.

Jean-Charles Nayebi invite à consulter un sexologue ou un psychologue, dès qu’au moins deux de ces signes sont réunis.